Du livre électronique

Ce que je pense des liseuses et des ebooks, en général, et mon cas en particulier.

Publié le 2 octobre 2012, catégorie humeur
Tags: drm, ebook, liseuse

Le matos

Ça y est ! Je m’y suis mis ! J’ai acheté une liseuse électronique. Petite revue de détail sous forme de FAQ…

Une liseuse, c’est quoi ?

C’est un appareil électronique qui permet de livre des livres. Les livres sont livrés sous forme dématérialisées (en gros, téléchargés par internet).

Et pourquoi ne pas les lire sur un iPad ?

Parce que la liseuse est incomparablement plus légère et donc beaucoup plus confortable pour le tenir, a beaucoup plus d’autonomie (de l’ordre du mois), et surtout a un écran qui a une qualité de lecture proche du papier.

C’est proche du papier ? Vraiment ?

Oui, vraiment. C’est bien simple, au bout de deux pages, j’ai complètement oublié que ce n’était pas un livre que je lisais mais un machin fait en plastique. Et le fait de pouvoir oublier l’appareil pour se consacrer uniquement au contenu est le vrai plus de cet appareil.

Après, la qualité du contenu est variable, mais au vu des qualités typographiques de l’appareil, et le niveau de relecture des différents bouquins que j’ai lu, on est proche d’un livre de poche. En clair, faut pas être exigeant, mais ça se laisse lire.

Quel modèle choisir ?

En terme d’autonomie, tous les modèles se valent. Il faut juste savoir que le monde se divise en deux camps : les Kindle, d’Amazon, qui ont un modèle à la Apple, totalement fermé (ils ne lisent qu’un seul format de fichier qu’on ne retrouve pas ailleurs), et tous les autres, qui sont plus ouverts et lisent à peu près tout et n’importe quoi (sauf le format Amazon, on s’en serait douté).

Le modèle fermé d’Amazon n’apportant aucun avantage particulier, j’ai choisi un modèle ouvert. En France, le plus répandu est le Kobo, vendu par la Fnac, mais même si la liseuse est plus ouverte, on est grosso-modo lié à un libraire : la Fnac.

J’ai donc choisi le modèle lié à personne, si ce n’est vaguement à la boutique Google : la Sony PRS-T1. Le gros avantage de ce modèle, c’est qu’il possède des dictionnaires intégrés. S’il me venait vaguement à l’idée de choisir de lire un livre en anglais, d’un effleurement du doigt sur le mot et la traduction en français apparait immédiatement. Magique ! Je ne crois pas qu’aucun autre modèle le fasse.

Et c’est uniquement pour cette fonctionnalité là que le tactile a un intérêt. A vrai dire, j’aimerais bien pouvoir désactiver le changement de page par geste tactile, car virer une poussière sur l’écran se fait avec un effet de bord désagréable : j’ai perdu ma page !

Avec le recul ?

Avec le recul, je suis très content. Je l’ai depuis à peu près trois mois, et j’ai lu une grosse dizaine de bouquins dessus, et globalement, ça marche pas mal. Au niveau qualité, on est plus proche du livre de poche que du livre relié pleine fleur, mais c’est tout léger à porter, se glisse partout, au moins on peut partir avec vingt bouquins pour être sûr de ne pas manquer de lecture, et a une autonomie suffisante pour oublier le chargeur à la maison.

Note aux éditeurs

Reste le problème du contenu. On commence à trouver maintenant suffisamment de contenu sur les internets pour trouver le bouquin qu’on veut. Oui, sauf que c’est hors de prix, et c’est farci de DRM.

Les DRM

Un DRM, c’est quoi ? C’est un machin qui va garantir à l’éditeur que vous ne prêtez pas votre bouquin que vous avez acheté à un copain. C’est l’outil qui permet de vous interdire de faire ce que vous voulez alors que c’est vous l’avez acheté.

Si vous prenez un Kindle et n’achetez que chez Amazon, ça peut encore aller. Si vous avez un Kobo et n’achetez qu’à la Fnac, ça va. Mais dès que vous sortez de ces deux passages bien balisés, c’est bien simple : rien ne garantit que votre bouquin acheté à prix d’or sur un site internet avec du vrai argent sera lisible sur votre tablette. RIEN ! Et l’interopérabilité des DRM font qu’on a plutôt la garantie que vous aurez dépensé votre argent en pure perte.

Et si un jour vous auriez l’outrecuidance de vouloir changer de liseuse, pourriez-vous récupérer le contenu de l’ancienne pour le mettre sur la nouvelle ? Dans vos rêves. Oh, cela pourrait fonctionner, ou pas. Do you feel lucky, punk ? well… do ya ?

Le prix

Quant au prix des bouquins on est plutôt dans l’ordre du scandale. Juste un exemple, au hasard : certains livres sont plus chers au format numérique qu’en édition livre de poche ! Et vu la qualité de relecture (genre une coquille qui agresse l’oeil toutes les cinq pages), soyons clair : l’offre est à chier.

Et pour les nouveautés, on est encore clairement au dessus du prix du livre de poche. Par exemple les nouveautés à la Fnac sont à 16 €. C’est certe moins cher que le livre relié, mais… avec la qualité d’un livre de poche.

On a donc un livre cher, d’une qualité perfectible, et avec lequel on n’a aucune garantie de pouvoir le lire à cause des DRM. Là, je ne me dit qu’une chose : l’éditeur me prend pour un con.

Les offres pirates

En face de l’offre des éditeurs, on a le piratage. Là, on dispose d’une offre abondante, gratuite, et miraculeusement, la qualité est identique, sinon meilleure à celle des éditeurs officiels. Pourquoi meilleure ? Parce que les lecteurs envoient les corrections des coquilles et les sites mettent régulièrement à jour les fichiers qu’ils proposent.

C’est ainsi qu’on a vu apparaître l’affaire Goncourt. L’histoire ? Gallimard a publié au format électronique le prix Goncourt 2011, farci de fautes et coquilles. C’est un team pirate qui l’a corrigé et publié une version potable. Si des pirates sans moyens (parce qu’ils touchent que dalle) arrivent à publier un bouquin correctement, pourquoi Gallimard n’y arrive pas alors qu’ils sont payés pour ça ?

Ami éditeur, il va falloir que tu comprennes que les DRM ne font chier que les honnêtes gens, et n’emmerdent que ceux qui payent. Le pirate n’en a que faire des DRM, puisqu’ils sont simples à faire sauter. Et il va falloir que tu proposes une offre raisonnable, à la fois en terme de qualité, et de prix, parce qu’en face, ton vrai concurrent, c’est l’offre pirate. Si l’offre pirate est moins chère, de meilleure qualité, et plus accessible, alors elle va gagner, quoi que tu fasses. Faire chier tes clients avec des DRM à la con ne va pas les dissuader de pirater, bien au contraire.

Dans le monde de la musique, Apple l’a compris assez vite : on fait simple, accessible, sans se prendre la tête, et pas cher. Et c’est la première plateforme de vente de musique qui a su s’imposer face à l’offre pirate. D’ailleurs, dès le lancement, Steve Jobs disait que son véritable concurrent, c’est le piratage, pas les autres offres légales. La plateforme est perfectible, notamment en terme d’ouverture, mais au moins elle est crédible, et l’acheteur n’a pas l’impression d’être pris pour un con. Ami éditeur, fais simple, accessible, pas cher, de qualité suffisante, et sans DRM, et tu n’auras pas à craindre le piratage.

D’ailleurs, certains éditeurs n’ont pas attendu qu’on leur dise pour qu’ils comprennent ça. Par exemple Bragelonne vend tous ses bouquins sans DRM, et leurs prix commencent à 0,99 €, et la plupart du catalogue à 5 ou 6 €. Et en plus, ça marche (interview ici) !

Sache, ami éditeur, que personnellement, je ne mettrais jamais plus de 10 € dans un livre électronique, et que jamais je n’achèterai un bouquin s’il contient une once de DRM, quel qu’en soit son prix. Par contre, je mettrai un point d’honneur à ne pas pirater tes livres si tu joues le jeu. Je préfère nettement acheter chez Bragelonne que pirater.

Et si tu as peur que l’électronique cannibalise tes ventes, n’ai pas peur de faire dans le bouquin de qualité. Je préfère mille fois acheter Pratchett chez L’Atalante qu’en livre de poche. Et le dernier bouquin papier que j’ai acheté, c’est un bouquin que j’avais déjà au format poche, mais je voulais l’avoir en VO, et j’ai trouvé une version reliée cuir et à tranche dorée. Et je ne regrette aucun des 80 € que j’ai mis dedans, juste parce que c’est un beau livre (pour les curieux). Et c’est aussi la preuve que même si on lit des livres électroniques, ça n’empêche pas d’aimer les livres.

Et les libraires

Dématérialiser le support apporte aussi une suppression des intermédiaires. On va directement acheter chez l’éditeur généralement, ou une plateforme de vente type Fnac. Mais du coup, on perd cet intermédiaire qui est le libraire. Et cette perte me cause vraiment du soucis. Pas que j’ai particulièrement pitié du vendeur, non, mais plutôt parce qu’on perd ce qui fait l’essence même du métier de libraire : sa prescription.

Du coup, quand je me retrouve sur un site de vente de livre, qu’il y a trente mille références, quel bouquin choisir ? Parce que bon, à 16 € le bouquin, j’ai pas trop envie de me planter… Et ça, ça me pose un vrai problème. Il manque des prescripteurs. J’aimerais bien trouver un blog qui décortique les bouquins et donne son avis, mais je n’en connais pas. Et encore, faudrait-il trouver un blog qui ait des goûts proches des miens…

Envoyer un commentaire

Les commentaires sont relus pour modération avant publication.
Le formattage HTML basic est accepté.

Nom : (requis)
E-mail : (requis, non publié)
Site Web : (optionnel)