Comment je suis devenu moniteur CASIM

Je fais partie d'une association de formation moto post-permis, à vocation de sécurité routière. J'ai après trois années de formation passé l'examen pour devenir moniteur. Récit.

Publié le 21 avril 2014, catégorie moto
Tags: casim, moto, securite
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La CASIM

La CASIM (Chaîne de Solidarité pour la Sécurité et l’Information du Motard), est une association dont l’objectif est de lutter contre l’accidentologie et la mortalité motarde, en proposant des stages de formation continue. Ce que j’aime dans cette association, c’est que le discours n’est pas moralisateur, très loin du stéréotype « le motard roule trop vite », et est véritablement axé sur le perfectionnement et la responsabilisation du pilote.

Au programme cette année :

L’activité se décompose en un CPM (Cours de Perfectionnement Moto) par mois, et une balade par mois. Le tout (soit une dizaine de cours et une dizaine de balades dans l’année) pour 60 €/an. Autant dire que dalle.

Les cours sont donnés par des moniteurs de l’association, ou des bénévoles titulaires du BEPECASER (donc moniteur de moto-école), ou de la police nationale, gendarmerie, douanes… Autant dire que le niveau de formation est plutôt bon, et que malgré le prix modique, la formation n’est pas au rabais.

Le programme de formation se déroule sur deux années, chacune sanctionnée par un examen, appelé le VISA pour la Vie. On a donc deux niveaux, le VISA 1 et le VISA 2. Quand on a son VISA 2, on peut continuer à participer, mais cette fois-ci de l’autre côté de la barrière, en devenant aide-moniteur. Ce rôle consiste à assister les moniteurs pour encadrer les stagiaires et les former, comme sont nom l’indique.

On peut également passer un examen supplémentaire, le CAMABC (Certificat d’Aptitude Moniteur-Animateur Bénévole de la Casim), pour devenir moniteur. C’est cet examen que j’ai passé.

La matinée

Réveil et accueil

Le problème de tout examen, c’est le stress. Surtout là. Il y a une floppée d’exercices un peu tendus, mais sous le coup du stress, ça devient quasi-impossible. C’est bien simple, si on garde son calme, la moitié du boulot est fait.

Dans mon cas, le stress, ben… je me suis réveillé à 5h30. Tout ça pour être à 8h à l’autre bout de Paris. Oui, c’est tôt. Surtout un dimanche. Au moins j’ai eu le temps de prendre le petit déjeuner.

Pour le trajet, j’ai pris la précaution de demander à me faire accompagner. L’avantage est que je n’aurais pas à gérer le stress de la navigation vers un endroit où je ne suis jamais allé auparavant. Merci à Maxime de m’avoir ouvert le chemin !

Là, un buffet déjeuner nous attend. C’est rare, mais j’ai l’estomac noué. Et oui : je n’ai rien mangé ! Ceux qui me connaissent savent que ce n’est pas bon signe.

Le chef de cérémonie fait son speech, et les épreuves commencent. Je passe en deuxième, ce qui fait que je dois encore attendre trois bons quart d’heure avant qu’il ne se passe quelque chose. De fait, je vais passer la journée à attendre.

Avant de commencer les épreuves, on a une note d’assiduité qui permet de noter notre implication dans l’association. Cette note est fonction du nombre de CPM (Cours de Perfectionnement Moto) auxquels j’ai participé et du nombre de balades encadrées. N’ayant effectué aucune balade, je n’ai eu que 18/20. Cette note est coefficient 1.

Les participants

Profitons de cet instant de répis pour vous présenter toutes les personnes qui sont là. En gros, ils se classent en trois catégories :

À noter que chaque jury tourne en fonction des exercices et des candidats. Je ne serais donc pour chaque exercice jamais noté par le même jury. Et pour un exercice donné, chaque candidat ne va pas être noté par le même jury.

Pédagogie théorique

Enfin c’est mon tour pour l’épreuve de pédagogie théorique. Le truc est simple : faire un cours en salle d’un des six sujets imposé, pendant 25 minutes, et devant trois personnes.

Les sujets sont :

On choisit deux sujets au sort, et j’en choisi un sur les deux. Je tombe sur l’équipement du motard et secourisme. Les cobayes sortant tout juste d’une autre session de pédagogie théorique, et ayant eu comme sujet l’équipement du motard, le choix se restreint de lui-même.

En effet, j’avais préparé mon cours sur ce sujet en partant du postulat que mes cobayes n’ont qu’un background moyen de motard moyen sur ce sujet. Donc soit je leur refait le cours qu’ils viennent d’avoir, et ils vont se faire chier, ça risque de se voir et donc me retomber dessus, soit j’improvise un cours approfondi sur des trucs pointus, et là je risque de montrer les limites de ma préparation, de mes connaissances, ou carrément de ne pas réussir à tenir les 25 minutes.

Donc ce sera secourisme. J’écris mon plan sur une feuille, prépare mon paperboard, et c’est parti !

Je fais un rapide tour de table pour se présenter, et mes cobayes sont deux hommes, l’un qui a son permis depuis six mois, l’autre qui a repris la moto depuis quelques années après une période d’arrêt. Aucun des deux n’a jamais fait de secourisme. Et une femme, qui non contente d’être diplomée SST (Sauveteur Secouriste du Travail, qui doit faire une formation de secourisme tous les deux ans), possède également le BEPECASER et est administratice d’une autre CASIM. Autant dire qu’elle peut faire le cours à ma place. J’ai intérêt à ne pas dire de conneries, parce que si ça l’amuse de me reprendre, je suis cuit.

Je décide de parler d’une règle fondamentale du secourisme : le PAS (Protéger / Alerter / Secourir). L’avantage de ça est que le plan coule de lui-même, et c’est une excellente intro au secourisme, et comme la partie « Secourir » ne peut décemment pas être traitée en 25 minutes, ça fait un excellent teasing pour ouvrir sur un autre cours ! Bref, c’est LE sujet de secourisme si on a des débutants, ce qui est le cas ici.

Je déroule mon cours sans anicroche particulière. Ah si ! en faisant mon bilan je m’aperçois que j’ai oublié deux/trois petites choses à droite à gauche. Tant pis, c’est fait.

Débrifing avec le jury : j’explique ma position. Ils pointent les deux/trois oublis, mais ont aimé la façon que j’ai eu d’utiliser mon auditoire, susciteur leur intérêt, et mes efforts pour faire participer le plus timide du groupe, mais sans pour autant le harceler. Mais c’est que ça me semble bien parti tout ça ! Mais je n’aurai pas la note, ça c’est encore secret.

Cette épreuve est de coefficient 3.

Le questionnaire

Vient ensuite une épreuve écrite. 40 questions, en 25 minutes, avec un coefficient 2 (donc noté sur 40, c’est quand même bien fait).

Par contre, niveau timing, c’est serré. Rare sont ceux qui arrivent à répondre à toutes les questions. Parce que non, ce n’est pas qu’un QCM, y’a des questions ouvertes dedans.

Alors pour ça, j’ai un truc : je n’écris pas mon nom, ça me fait gagner 10 secondes, je pourrais toujours le rajouter après le temps réglementaire. Ensuite, si l’intitulé de la question est trop long, ou si j’ai besoin d’avoir un semblant de réflexion, je fais une grosse croix dans la marge, et j’y reviens si j’ai le temps.

Résultat de la première passe : deux questions zappées, une à moitié répondu. Check du timing : 15 minutes. Je réponds à mes deux questions, je reviens sur mon bête trou de mémoire de la question à moitié répondu, et j’ai le luxe de faire une relecture !

Résultat : je rend ma copie au bout de 20 minutes, et sort en avance. Yup, c’est aussi ça, le talent ! Par contre, je plains le type qui sera chargé de me corriger, parce que j’ai déjà eu du mal à me relire…

Il est maintenant temps d’aller déjeuner, mais j’ai toujours l’estomac un peu noué.

L’après-midi

La pratique

L’épreuve tant redouté de la maîtrise personne de la moto est arrivé. Cette epreuve est constitué de 3 exercices, pour former une note sur 20, de coefficient 2. Pour tous ces exercices, il y a deux parcours possibles, et le choix du parcours a été tiré au sort. Tout le monde fait cette épreuve en même temps, sur le même parcours.

C’est le premier parcours qui a été tiré, dommage, j’aurais préféré le second, parce que le rapide est plus facile, et je pose tous mes espoirs dans cette épreuve sur ce seul exercice.

La poussette

Ça consiste à pousser la moto, à pieds, sans l’aide du moteur, à travers un petit slalom, aller et retour (le retour se faisant en marche arrière, bien évidemment). Deux/trois bémols quand même : l’aller se fait en poussant à droite, alors que chacun sait que normalement tout le monde fait ça à gauche, et le retour se fait à gauche, donc il faut faire le tour de la moto en la tenant en équilibre.

Cet exercice est une formalité pour la plupart d’entre nous, tout le monde aura la note maximum (soit 2) à l’exception d’une seule personne qui aura 1. Je me paye même le luxe de faire un peu le con pendant la poussette, c’est la Averell’s touch.

Maniabilité lente

On doit faire un slalom entre deux doubles portes, matérialisées par des piquets, faire deux tours en moins de six mètre, et revenir par les deux doubles portes.

Mes chances d’obtenir quelques points à cet exercice sont nulles. Déjà, je n’ai jamais réussi à faire cet exercice correctement à l’entrainement. Du coup, j’y rentre particulièrement détendu. Vu le nombre de candidats qui échouent alors qu’à l’entrainement c’est une formalité, peut-être arriverais-je à faire l’inverse ? Non. J’ai eu 0, et un 0 amplement mérité. Je me console en me disant qu’an moins, je ne suis pas tombé, mais la prestation n’est pas meilleure.

Je ne suis pas le seul à avoir échoué dans cette épreuve. Il y a plus de candidats qui ont eu 0 que de candidats ayant eu un score positif. Cet exercice est noté sur 8.

Maniabilité rapide

Ah, enfin on est sur mon terrain ! La maniabilité rapide ! Le principe est de faire un slalom dans lequel on doit au moins passer la troisième, un demi-tour à droite en moins de six mètres (malheureusement pas mon côté, je préfère à gauche, comme tout le monde, sauf les anglais), re-slalom, un évitement (à droite), et pour finir on doit s’arrêter exactement entre 4 plots. Le tout pour essayer de gagner 10 malheureux petits points…

La difficulté majeure ? Faire tout ça en moins de 26 secondes. Ça oblige à partir comme une brute, prendre chaque porte avec le maximum de vitesse, donc avec un angle non négligeable, ne pas se louper dans le demi-tour, attaquer l’évitement avec une vitesse non négligeable, réaccélérer après l’évitement pour grapiller quelques dixièmes et freiner comme un trappeur pour s’arrêter à l’endroit voulu.

Difficulté pour moi : je ne connais pas la moto. J’ai troqué ma meule contre celle de l’association (une ER6) pour avoir une chance de tourner en moins de six mètres. Le soucis est que mon dernier entrainement avec datait de deux semaines avant, et je n’ai fait qu’une session. Autant dire que je n’avais pas franchement la moto en main, même si je passais à l’aise à l’entrainement.

Autre difficulté : la piste. Elle est en dévers tout du long, serrée (la zone de demi-tour fait exactement six mètres, sans dégagement, avec des broussailles, donc sans marge si on se loupe, ce qui ajoute à ma pression), et surtout de la terre et des gravillons, surtout du côté droit, ce qui fait que ça glissouille quand même pas mal. Et surtout, je n’ai jamais pratiqué ici, donc niveau repères, que dalle.

Premier passage : je n’ai pas mes repères, et je loupe bêtement une porte. De toute façon, je n’étais pas dans le rythme. Non, décidement, ça ne va pas.

Deuxième passage : là, je me fais dessus : ça glisse, la moto bouge, je ne la sens pas vraiment bien, et… je me loupe comme une merde dans le demi-tour.

Bon ben on fera avec un zéro. Résultat de cette épreuve : 2/20, coefficient 2. oops. Moi qui tablait sur une note entre 10 et 12…

Pédagogie pratique

Cette épreuve consiste à donner un cours à un élève (et un seul), sur un sujet tiré au sort, mais cette fois-ci en situation, sur la moto. Les sujets possibles sont :

Pour le sujet virages, on avait un plan des deux/trois virages dans la région. Enfin, quand on dit « virages », c’est très relatif ! Le truc c’est que nous ne connaissons pas du tout le coin en question. On profite alors d’un trou dans le planning, nos cobayes étant requis ailleurs, pour aller faire une reconnaissance en bagnole. On repère les deux/trois virages intéressants, les endroits où on peut s’arrêter pour débriefer en sécurité, et on se rend compte qu’il y a sur le trajet une course cycliste qui va venir perturber tout ça…

Je tire enfin mon sujet : maniabilité lente ! Je ne pouvais pas avoir mieux ! Autant, pour pratiquer, je suis nul, mais pour l’enseigner, comme j’ai personnellement testé tout ce qui peut foirer, je sais trouver immédiatement ce qui cloche !

Mon cobaye a une sportive, soit pas l’objet le plus facile. Il a repris la moto il n’y a pas longtemps après un arrêt de quelques années, donc on va partir de la base. Je lui explique que la mania consiste à concilier quatres points fondamentaux : la position sur la moto, l’allure, le placement du regard, et… merde, c’est quoi le quatrième déjà ? Rhah ! Mais je l’avais sorti sans problème dans le QCM ce matin ! Et non, ça ne revient pas… Comment passer pour un con devant le jury, et le stagiaire…

Bon, OK, pas grave, comme déjà il n’arrive pas à tourner autour d’un carré de sept mètres, on va partir des bases : position et allure. J’essaye de corriger l’un, et l’autre, en même temps. Et non, ça ne vient pas.

Essayons autre chose : on ne va travailler que l’allure, en manipulant le point de patinage. Il a déjà du mal, d’autant qu’avec sa sportive, le régime des gaz est on/off : soit rien, soit on est déjà à 6000 t/mn. Chaud !

Et mon candidat qui refait des ronds alors que je voudrais simplement qu’il bosse son point de patinage en ligne droite… Et merde, la situation commence légèrement à m’échapper… Mon agonie sera de courte durée, le temps imparti touche à sa fin, soit 30 minutes. Juste le temps de débriefer mon stagiaire, et lui donner des axes de travail pour la prochaine fois.

Je debrief ensuite avec le jury : je ne suis pas content. Mon évaluation du niveau de mon cobaye a été trop longue, du coup, on n’a pas pu vraiment travailler un seul point, mais on y est allé par tatonnements successifs, du coup il n’a pas fait de réel progrès montrable entre le début et la fin de la session. Bref, pour moi, c’est raté. Le jury n’a pas de remarque particulères, ce qui est plutôt bon signe, mais cela veut peut-être aussi dire qu’il est d’accord avec mon analyse.

Décidement, quand ça veut pas, ça veut pas !

Les résultats

Quand on fait la somme des notes obtenues, on obtient une note sur 220, et il faut obtenir 132 points pour être reçu, soit une moyenne de 12/20. La matinée s’est bien passée, l’après-midi a été foirages sur foirages, est-ce que sera suffisant ?

Le jury se retire (plus précisement, le jury nous vire de la salle) pour délibérer, et c’est le moment de stress le pire de la journée. Tout est fait, tout est plié, il n’y a plus qu’à attendre.

Ils décident cette année de livrer les résultats par note décroissante. OK, donc, je vais attendre longtemps… Mais en fait non. Le président du jury annonce la note de 13 virgule je sais plus combien, et, C’EST MOI ! J’en suis le premier surpris ! Dingue, j’ai même des points d’avance !

Et maintenant ?

Ce diplôme ne vaut rien en dehors de la CASIM. Il me permet juste d’être moniteur, donc d’encadrer des ateliers. With great power comes great responsability, sauf que là, des pouvoirs, y’en a pas des masses, mais des responsabilités, plein ! En particulier, je suis maintenant garant de la sécurité des stagiaires que je serais amenés à former.

Bref, le boulot ne fait que commencer.

1 commentaire

De : (envoyé le 09/09/2014 14:32)

Salut , je suis tomber sur ton blog complètement par hasard (enfin presque), très beau récit , on s'y croirait !!

AlexPo.r C78

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